Le 1er novembre 1898, la ville de Guebwiller « municipalisait » l'usine privée de production de gaz. Aujourd'hui, le service gaz et eau est une petite entreprise qui ne connaît pas la crise. À l'occasion de son centième anniversaire, une étudiante en histoire s'est plongée dans les archives. « CENT ans d'histoire à Guebwiller : le service gaz et eau », tel pourrait être l'intitulé du mémoire de maîtrise de Peggy Frey, étudiante en histoire à l'université de Strasbourg. Mais aujourd'hui, rien n'est décidé, elle rédige. Le titre viendra après. Si elle soutient en juin, son travail pourrait même se transformer en livre. De toute façon, le résultat de ses recherches sera au moins utilisé pour une exposition anniversaire en octobre prochain à Guebwiller. « On connaît les grandes dates de l'histoire du service. Mais ce qui se passe entre, est mal connu », explique-t-elle.
PRODUCTION JUSQU'EN 1983
Alors rappel. L'ancêtre du service municipal que nous connaissons aujourd'hui, date de 1858. À l'époque, l'entreprise est privée et dirigée par la famille Jeanneney. L'usine, située également en face du Kitterlé, alimente uniquement le réseau d'éclairage public de la ville. C'est seulement en 1898, au moment du renouvellement de la concession de la distribution du gaz, que l'entreprise « se municipalise». À cette occasion, une nouvelle usine, sans cesse modernisée jusqu'en 1983, sera montée. « Le gaz sert tout d'abord aux entreprises. Elles permettront le développement du service tout au long de son histoire. De plus, après l'installation d'un réseau d'eau potable en 1890, le gaz est aussi une volonté d'améliorer le bien être des gens », explique ajoute Peggy Frey. On produira du gaz à Guebwiller jusqu'en 1983 (date à laquelle le gaz naturel alimentera totalement le réseau). Au début du XXe siècle, on le fabrique à partir de houille, avant qu'elle ne soit remplacée par de l'essence légère dans les années 60. De l'essence qui, en 1973, avec la crise du pétrole, faillit sonner le glas du service municipal. En effet pour régler le déficit de l'entreprise en partie dû au coût élevé de l'or noir, la municipalité d'alors envisage de céder le réseau à Gaz de France. Les municipales de 1977, avec l'élection de Charles Haby, en décideront autrement. Le nouveau maire s'oppose catégoriquement au projet d'affermage. Bon choix. Aujourd'hui le service est une réussite économique (cf également l'encadré ci-dessous). Ce qui fait dire à Peggy Frey : « Les stratégies des municipalités, selon leurs couleurs politiques, ont eu des conséquences très différentes sur la gestion et le développement du service gaz et eau ».
CONCURRENCE AVEC GDF
En 1902 avec l'arrivée de l'électricité, le gaz ne déclinera pas pour autant. « Cette concurrence a surtout entraîné un diversification. Le gaz s'est généralisé chez les particuliers où il est entré dans les cuisines. On l'a également beaucoup plus utilisé pour le chauffage », note Peggy Frey. L'augmentation du chiffre d'affaires du service va se faire aussi parallèlement aux raccordements successifs d'autres communes. En 1912, la première est Issenheim. Soultz, Bollwiller, Wittelsheim... suivront à la fin des années 20. « En 1973, pendant la crise du pétrole, avec un coût de production très élevé, le service ne pourra plus fournir tout le monde. Le service devra même lâcher des communes », rappelle la jeune historienne. Tout repartira dans les années 80. Ce qui ne fait pas obligatoirement plaisir à Gaz de France. En 1992, les deux concurrents se disputeront même le marché de la commune de Merxheim, finalement enlevé par le service gaz et eau.
Les deux gazomètres ont été rayés du paysage guebwillerois en 1984.
(Archives du Service gaz et eau)

Peggy Frey, étudiante en histoire à l'université de Strasbourg, prépare un mémoire sur le SGE. Le résultat de ses recherches sera utilisé pour l'exposition-anniversaire en octobre prochain à Guebwiller.